07/05/2011

J'ai testé pour vous (8)

Aujourd'hui, j'ai testé pour vous l'inévitable passage à la préfecture pour faire refaire son permis. Eh oui, si à la mairie la carte d'identité se fait (presque) sans attente, malgré le nombre effarant de papiers qui sont demandés et le personnel pas toujours aimable, le permis lui ne se fait qu'à la préfecture. Pas faute d'avoir demandé à la mairie, mais n'insistez pas, c'est pas possible.

Pour moi, la préfecture, c'est Evry. Après un gros moment d'angoisse car ma collègue et moi n'habitons pas au même endroit et aurions potentiellement dû nous rendre dans deux sous préfectures différentes, autorisation nous est donnée (pas tout à fait en fait, on ne refait pas les permis dans les sous préfectures) d'aller ensemble à la préfecture. Pendant les heures de boulot. Ils nous doivent bien ça, après tout.

Rendez-vous est donc pris, tôt le matin (ok, 8h15) à la gare de chez moi, afin de partir en voiture vers Evry. Tout le monde nous disait d'être présent avant 7h du matin, mais nous avions décidé de ne pas planter notre tente sur place, faute d'envie et d'énergie. Ouverture des portes à 9h, nous y serions un peu avant, point barre.

Ayant récupéré la collègue, nous fonçons dans les bouchons (tout est relatif) vers Evry, où nous arrivons sans encombre. Coup de gueule au passage contre la préfecture qui offre certes des parkings où il y a des places (du moins quand nous y sommes venues) mais qui sont... payants. Evidemment. Bonnes joueuses, et un peu stressées, nous avons donc mis nos pièces dans la machine, qui a daigné nous délivrer le ticket de la liberté. Puis direction l'enceinte du bâtiment. Déjà, ça commence mal, à peine entrées dans la cours nous sommes impressionnées par la foule qui s'y presse déjà. Et également par la maman qui, faute d'autre endroit, change son fils marchant à peine à même le béton. Tout ça fait très "tiers monde"...

Renseignement pris, l'une des files est réservée à l'immigration, l'autre aux permis/cartes grises. Dans la première, les tickets sont pris uniquement de 9h à 9h15 pour toute la journée. Dans la deuxième, l'entrée est "libre". Nous choisissons donc la bonne file et commençons une attente d'environ 25 minutes. Des policiers font la circulation dans le sas, que nous avons le droit de franchir malgré une réponse négative à la question "z'avez une convocation?". Puis l'attente continue à l'intérieur, et nous nous indignons de voir des personnes de l'autre file se faire refouler, car elles n'ont pas eu de ticket et qu'aujourd'hui, on en distribue plus. Que la personne en question soit là depuis 5h30 du matin avec ses deux enfants, qui ont loupé l'école aujourd'hui ne change rien, on lui demande de revenir le lendemain. Elle objecte que ses enfants vont donc louper l'école une fois de plus, ce à quoi on lui répond peu aimablement que leur présence n'est pas obligatoire. Ma collègue et moi voyons rouge, nous sommes à deux doigts de demander à la charmante fonctionnaire ici présente comment cette dame fera demain, pour être à la fois en train d'attendre son tour ici, et en capacité de conduire ses enfants à l'école, ailleurs. Nous nous retenons à grand peine. On a plus l'impression d'être du bétail que des hommes qui ont des droits (à part qu'on a tout de même le droit de fermer notre gueule, ça on l'a bien compris).

Premier guichet, premier coup de sang: on me demande ma carte d'identité. Ou mon passeport. J'objecte que ma carte, on me l'a volée aussi, et que mon passeport, ben tout le monde n'en a pas. Je le sors tout de même, et surprise, la personne m'annonce qu'il est... périmé. J'ignorais qu'un passeport était valable 10 ans sauf pour un mineur... dans ce cas là, il n'est valable que 5 ans. Le mien expirais donc en 2006... alors que je le pensais bien parti pour octobre 2011. Sur le coup, la personne refuse donc de prendre mon dossier. Je sors alors ma botte magique: la photocopie de ma carte d'identité. Et surprise, ce qui ne marche nulle part ailleurs fonctionne à la préfecture. Je gagne mon sésame pour l'étape suivante: le numéro 414 qu'on appellera à un guichet quelconque.

Longtemps nous attendons, ce qui me permet une visite des toilettes les plus sales de l'histoire des lieux publics. Approximativement pas nettoyées depuis 1985, les lieux empestent la pisse, et je cherche toujours l'utilité de trois lavabos pour... une seule cabine... Bon point cependant, pour qui oserait s'assoir sur la cuvette, ce sont des toilettes sur-élevées et donc théoriquement adaptées à un fauteuil roulant. Qui d'ailleurs, ne pourra pas y accéder, car les sièges de la salle d'attente jouxtant le couloir où sont les toilettes sont trop serrés pour laisser passer un fauteuil.

Enfin mon tour vient et un monsieur très gentil (ma collègue tombera sur une dame plutôt sèche, au bord de la dépression nerveuse et semblant être déjà arrivée en fin de journée alors qu'il n'est pas 10h) me fabrique un nouveau  permis en quelques minutes. Je n'ai pas besoin de lui donner mes originaux, et il ne me sera pas envoyé chez moi, je le récupère directement. Une bonne nouvelle, et un grand soulagement.

Nous attendons ensuite pour le service carte grise, au même endroit, car ma collègue doit faire refaire la sienne qui était dans son sac. Là l'attente est plus longue, et une fois passé... raté, il faut encore payer! Comme si tout ne pouvait pas se faire au même guichet! Grosse inquiétude pour le guichet 40 qui, selon le panneau d'affichage, était en train de recevoir 4 personnes en même temps, après avoir passé 50 minutes avec une seule personne. Limite qu'on se demandait ce qu'ils fichaient ensemble. Nous avions du mal à imaginer qu'un agent qui avait du mal à se débrouiller avec un seul client quelques minutes auparavant soit soudainement devenu ultra-multitache... Quand nous sortons, nous sommes exaspérées, et ce n'est pas fini... la sortie vers laquelle on nous dirige donne sur un parking fermé, cloturé... dans lequel nous ne trouvons pas la sortie!

Un vrai dédale, que ce parking des employés, qui finalement nous entraîne dans un tourniquet à l'américaine, et une file d'attente à la disney. On se demande si on ne va pas devoir faire la queue aussi pour sortir, et ça ne nous parait pas si désespérant. Dans ce monde kafkaïen, après tout, tout semble possible. Heureusement, une porte dérobée nous empêchera de faire le test, et nous pouvons rentrer tranquilles, ayant en notre possession notre duplicata de permis, et la fiche d'immatriculation provisoire de ma collègue, qui devra tout de même faire changer ses plaques: un moindre mal.

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