22/07/2008

"Emé... quoi?"

Je suis émétophobe. J'aurais pu être pabullophobe, mais on ne croise plus assez de brouettes de nos jours pour que cela soit handicapant. Non, moi, je suis émétophobe. Je suis aussi aquaphobe, mais une fois les gens concernés prévenus, cela ne pose pas spécialement de problèmes. Alors d'accord, il faudrait me payer pour que j'aille à la piscine municipale (dans laquelle j'ai, de plus, de très mauvais souvenirs), même l'idée d'y entrer pour observer les nouveaux vestiaires (la piscine a été refaite l'an dernier) m'est insupportable. Les parcs ayant pour thême l'eau  sont un calvaire, mais va refuser à des cousins, en plein été, le plaisir d'un toboggan plein de flotte... Sorti de là, cette phobie là, elle ne me pose plus de problèmes au quotidien, car elle est admise, et qu'il est facile d'en parler. On ne passe pas pour fou, mais pour une petite chose fragile.

L'émétophobie, par contre, c'est autre chose. Et c'est quoi, l'émétophobie? J'y viens. L'émétophobie, c'est la peur de vomir. Pour soi, et pour les autres. Surtout pour les autres. On peut se contrôler un tant soit peu, mais on ne contrôle pas le reste du monde. Avoir peur de vomir, c'est, pour certaines personnes, refuser de sortir de chez elles, car "on ne sais jamais, si j'étais malade, je ne suis pas certain de trouver des toilettes à temps". Je n'en suis pas là. Mais l'idée que ce soit possible dans une situation donnée (manège à sensation, avion et son traditionnel "sac à vomi", qui me rend malade rien que d'y penser, assise sur mon siège...) me met systématiquement mal à l'aise. L'émétophobie, c'est un handicap quotidien, surtout en période de gastro. Dites moi que vous en avez une, et il est fort probable que je ne vous reparlerait pas de la journée, ou alors de loin. Ne le dites pas, et je vous en voudrait pendant longtemps pour le risque que vous m'avez fait courrir.

Jusqu'à l'an dernier, je n'en avait jamais parlé à personne. Déjà parce que je trouvais ça con, et que je ne savais pas que c'était une maladie. Hors s'en est une. Nous sommes nombreux à en souffrir, et peu nombreux à nous en sortir. En lisant les témoignages d'autres émétophobes, je relativise: je ne suis pas très "atteinte" et cela va "de mieux en mieux"... mais cela peut aussi affoler...
Jusqu'à 3 ans en arrière, d'ailleurs, je n'avais pas été malade. 10 ans sans me retrouver la tête dans les chiottes, et sans presque me retrouver dans une situation difficile. Et puis j'ai été malade. Intolérance alimentaire. 3 jours. Tout le monde a pensé, vu mon état, vu mes pleurs, que je me sentais vraiment mal. En réalité non, mais entre deux crises, j'angoissais déjà de la suivante. Mais je n'ai rien dit.
Et puis un jour j'ai trouvé l'émétophobie par une émission télé. Et là j'ai compris. Mais je n'ai toujours rien dit, jusqu'à l'an dernier.
L'an dernier, N. a été malade. Et il a bien fallu que je lui explique pourquoi je refusais de le toucher, mais aussi qu'il me touche, pourquoi je dormais si prêt du bord que je manquais de tomber, pourquoi je sursautais dès qu'il bougeait... Alors j'ai expliqué, et il ne s'est pas moqué. Et quand j'ai été malade à mon tour, il a compris que me prendre dans ses bras ne m'aiderait pas. Alors il s'est contenté de me tenir la main, fort, entre deux crises. Et de tenter de me distraire.

L'émétophobie, au quotidien, c'est quoi? C'est ne pas supporter de se retrouver avec des gens malades. C'est extrèmement égoïste, car ce n'est, dans la grande majorité des cas, pas leur faute. C'est ne pas les soutenirs. C'est les rejeter... et donc se faire des "ennemis", parce qu'ils ne comprennent pas.
C'est aussi ne pas rire quand des "humoristes" simulent un vomissement. Non, ce n'est pas drôle. C'est être très mal à l'aise, presque jusqu'au malaise, quand quelqu'un reproduit (parfois à la perfection, merci l'entrainement en soirée...) le bruit du vomissement, comme ça, pour rigoler. Ce n'est pas drôle non plus.
C'est même être mal à l'aise quand quelqu'un en parle. Juste comme ça. "J'ai été malade ce matin, j'ai cru que je ne viendrais pas". Ah ben ouais. Merci, je me sens mal maintenant...
L'émétophobie, c'est aussi fuir systématiquement toutes les fins de soirées possibles et innimaginables. "On dors là bas?" "Euh. Non." "Mais... c'est loin!" "Tant pis..." Par peur, bien sur, que quelqu'un ait trop bu. D'ailleurs, faire la bise à quelqu'un qui a bu est particulièrement compliqué: on ne sais jamais, et si ça lui arrivait, là, tout de suite...
J'aurais des milliards d'exemples, mais je ne les retrouve pas. Je pourrais aussi vous dire que je suis capable de rester à jouer à des jeux "à la con" sur internet pendant des heures, pour m'occuper, et pour que "ça" n'arrive pas. En m'aspergeant d'eau toutes les deux minutes, et fenêtre ouverte en plein hivers pour "ne pas avoir trop chaud". Mon reccord personnel? 23h (juste après le coucher, donc) - 5h (juste avant le lever), et malgré la crise terminée, il m'a été impossible de bouger de chez moi, de peur que "ça" recommence.

Il y a certainement des phobies plus handicapantes. La mienne l'est à son petit niveau, en partie parce qu'elle n'est pas "complête". J'imagine bien que la hyalophobie doit etre pire au quotidien. Imaginez avoir peur du verre. Il y en a partout, dans les placars, aux fenêtres... et Dieu sait où encore! Aller travailler doit être le parcours du combattant, l'itinéraire soigneusement choisi, car le métro en est rempli, les vitrines en sont cafies, et je ne parle même pas de ces nouveaux immeubles vitrés qui fleurissent partout... J'imagine aussi que la prosophobie doit être particulièrement difficile à supporter. Pour avoir une liste "complête" des phobies ressencées, rendez vous ici.
Je ne cherche donc pas à me plaindre, mais juste à partager...

Commentaires

ben du coup meme moi j'savais pas =/
C'est bizarre comme phobie mais je comprend tout a fait ^^
Ah ma puce, j'aime tes bizarreries :p Bon t'inquiète pas, je serai pas ton ennemi. Viens dans mes bras j'suis pas malade ! bizoux bizoux

Ecrit par : BiBi | 22/07/2008

ben du coup meme moi j'savais pas =/
C'est bizarre comme phobie mais je comprend tout a fait ^^
Ah ma puce, j'aime tes bizarreries :p Bon t'inquiète pas, je serai pas ton ennemi. Viens dans mes bras j'suis pas malade ! bizoux bizoux

Ecrit par : BiBi | 22/07/2008

je savais même pas non plus !!!!
(hey faut poster le comm 2fois? ou c'est bibi qui fait n'importe quoi? :p )

Ecrit par : lizou | 24/07/2008

j'ai fais n'importe quoi
j'ai fais " envoyer " et j'me suis dis " ca l'a vraiment envoyer ? " comme je revenais chaque fois ici... du coup ben voilà ^^

Ecrit par : BiBi | 24/07/2008

Je suis tombée sur ton blog un peu par hasard.
Je sais exactement tout ce que tu peux vivre. Je suis éméto depuis l'age de 6 ans,j'en ai 20 maintenant. J'ai passé ces 14 dernières années à tout contrôler. Me laver les mains une 30n de fois par jours(même après la douche quelques fois)A vérifier constamment les dates sur les aliments. Éviter sans cesse les gens et les situations à risque. Le plus difficile c'est quand la peur de vomir devient la peur de tout. Peur d'aller au cinéma, peur d'aller à l'école, peur d'aller au restaurant, peur de manger, peur de s'endormir, peur de tout changement.
En 14 ans j'ai appris à gérer cette phobie sauf qu'elle s'est transformé en anxiété constante. Tout deviens facteur d'angoisse, de crise de panique et de nausée. Le mariage de mon frère qui aurait du être une journée de bonheur était pour moi un cauchemar , des maux de ventres et des nausées la veille et le jour même. J'ai fait une petite soirée en famille et avec mes amis proche pour mes 20 ans. Je n'ai quasiment rien mangé parce que je n'étais pas bien.
Les examens ont toujours été un véritable calvaire.
Je ne vais jamais en soirée, enfin samedi prochain j'en ai une de prévu et petit moment de panique, ce garçon a envoyé un mail groupé et un des gars a répondu en message groupé qu'il allait "se bourrer la gueule" je n'ai jamais vu ce garçon mais je ne l'aime déjà pas!!!! Enfin je pense que je ne vais pas faire long feu à cette fête d'anniversaire^^.
Il me semble d'ailleurs que petite je ne suis pas beaucoup allée aux anniversaires des copines.
Mes souvenirs d'écoles: je me souviens exactement de QUI a VOMI et en quelle classe..
Sympathique comme souvenir.
Enfin, malgré tout je pense que notre propre peur de vomir peut s'attenuer. Aujourd'hui je ne regarde plus les dates des aliments, et me lave les mains raisonnablement. Par contre, je crois bien que la crainte des AUTRES restera toujours.
Bonne chance pour ta guérison :)

Ecrit par : Laurie | 30/01/2009

Merci Laurie pour ton témoignage!
Je crois qu'en fait pour moi le plus difficile est que je n'ose pas vraiment en parler... C'est tellement con comme peur...
En plus j'ai choisi un métier au contact de beaucoup de gens, et surtout de personnes qui ne sont pas forcément maîtres de leurs faits et gestes... Je vois en moyenne 15 à 25 personnes par jour dans le cadre du travail et en ces temps de gastro, j'ai les mains totalement déchiquetées!
Enfin, on vis avec ou du moins on essaie!
Bon courage pour l'anniversaire, c'est ma hantise aussi ces gens qui veulent se "bourrer la gueule"...

Ecrit par : CriCri | 30/01/2009

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